Enfin, un État palestinien: Les véritables raisons de cette reconnaissance éclair

29 septembre 2025
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Enfin, un État palestinien: Les véritables raisons de cette reconnaissance éclair
La première séance plénière de la 80e session de l'Assemblée générale des Nations Unies Source image: UN Photo/ Eskinder Debebe -

L’analyse qui suit examine la récente reconnaissance internationale en cascade de l’État palestinien, un geste que d’aucuns qualifient d’historique mais que nous considérons ici comme une imposture. Loin d’être une simple « épitaphe bureaucratique », cette reconnaissance s’inscrit au cœur d’une supercherie savamment orchestrée pour :

  • Prolonger l’histoire de promesses trahies (des accords d’Oslo aux initiatives avortées de paix).
  • Imposer un État fantoche sans souveraineté.
  • Distraire l’opinion publique.
  • Effacer physiquement les Palestiniens via des plans de déplacement.
  • Protéger les complices contre des poursuites internationales.

Ce article invite à une réflexion critique sur les mécanismes d’un pouvoir mondial qui, sous couvert de diplomatie, perpétue une tragédie.

Le 22 septembre 2025, 156 pays réunis à l’Assemblée générale des Nations Unies ont reconnu officiellement l’État de Palestine. Cet événement est présenté comme un moment historique, un tournant dans la longue et douloureuse lutte pour l’autodétermination palestinienne. Pourtant le paradoxe est obscène car la légitimité internationale atteint son apogée précisément au moment où la possibilité matérielle d’un État palestinien viable s’évanouit et devient quasi inexistante. Cette reconnaissance n’est pas un prélude à la liberté, mais son épitaphe bureaucratique.

Ce divorce absolu entre la rhétorique pompeuse de la communauté internationale et la réalité catastrophique sur le terrain n’est ni un accident, ni une erreur de calcul, ni un échec logistique. Au contraire, c’est le symptôme délibéré et prévisible d’une machine de pouvoir mondiale soigneusement huilée, dont les rouages tournent avec une synchronisation mortelle.

Une machine mue par le moteur implacable de l’idéologie expansionniste sioniste, facilitée par la négligence complice et structurelle des Nations Unies, financée et armée sans condition par les États-Unis, et tolérée avec le silence complice d’une ligue d’États arabes dont le silence a été acquis par des accords économiques et des garanties de sécurité géopolitique.

Nous ne sommes donc pas confrontés à un simple conflit asymétrique, mais plutôt à la mise en scène d’un génocide au ralenti, à un processus méthodique de nettoyage ethnique que le monde observe, non pas avec une réelle impuissance, mais avec un mélange d’indifférence calculée et, dans bien des cas, de complicité ouverte et active.

Démêler les fils de cette complicité est l’objectif de cette analyse.

Pour comprendre la persistance et la férocité du projet colonial sioniste, il est impératif de démanteler les mythes fondateurs sur lesquels repose son récit de légitimité. Ces mythes ne sont pas des embellissements anecdotiques ; ils constituent le fondement idéologique justifiant la violence continue.

Dans son ouvrage fondateur, L’Invention du peuple juif (2008) , l’historien israélien Shlomo Sand entreprend une déconstruction académique dévastatrice du récit national israélien. Avec une rigueur documentaire indéniable, il soutient qu’il n’existe pas de nation juive d’origine ethnobiologique commune, mais plutôt une communauté religieuse et culturelle formée par conversions et assimilations. La diaspora, telle que relatée dans l’épopée nationale, est en grande partie une construction légendaire.

L’idée d’un « peuple juif » unifié, exilé de force (diaspora) de sa patrie et destiné, par décret divin ou historique, à y revenir après deux millénaires, était, selon Sand, une construction intellectuelle du XIXe siècle. Sa thèse alternative est que la plupart des Juifs n’ont pas quitté la Judée . Il soutient que les Palestiniens arabes d’aujourd’hui sont en grande partie les descendants des anciens habitants de la région (paysans juifs et autres peuples) qui se sont convertis à l’islam et au christianisme au fil du temps.

L’exemple le plus célèbre de son argumentation est sa reprise de la théorie selon laquelle un empire turc entre la mer Noire et la mer Caspienne (les Khazars) se serait converti en masse au judaïsme vers le VIIIe siècle. Il affirme que les Juifs ashkénazes (d’Europe de l’Est) sont, pour la plupart, les descendants de ces Khazars convertis, et non d’exilés de Judée.

Cette analyse historique n’est pas un simple exercice académique d’archéologie intellectuelle ; elle est la clé pour déchiffrer la logique intrinsèque du conflit. Si le sionisme se présente comme le « retour » d’un peuple sur sa terre ancestrale après deux mille ans, la présence physique, démographique et culturelle d’un autre peuple devient un obstacle historique insurmontable.


Le génocide auquel nous assistons aujourd’hui à Gaza, l’annexion progressive de la Cisjordanie et la politique de « judaïsation » de Jérusalem-Est ne constituent pas, de ce point de vue, une déviation du projet sioniste, mais plutôt sa phase finale et accélérée. C’est l’aboutissement logique d’une idéologie qui, pour affirmer sa propre vérité inventée, doit systématiquement détruire la vérité tangible de l’autre.

Le déni par Israël de l’identité nationale palestinienne, la destruction méthodique des archives, des bibliothèques, des universités et des registres d’état civil à Gaza, et la tentative d’effacer tout vestige de la vie palestinienne d’avant 1948 ne sont pas de simples actes de barbarie irrationnelle. Ils sont l’application froide et calculée d’une logique coloniale qui consiste à l’élimination de l’obstacle démographique pour la consolidation définitive du ‘Grand Israël’.

Le génocide au ralenti s’accompagne de plans sinistres de déplacement : l’équipe Trump a envisagé d’inciter les Palestiniens de Gaza à s’installer dans le Sinaï égyptien, tandis que le ‘Plan Riviera de Gaza’ vise à ‘nettoyer’ l’enclave pour la transformer en parc d’attractions financé par le Golfe, potentiellement sous la gouvernance du fameux Tony Blair, le recyclé de l’Irak.

Ces schémas révèlent l’objectif ultime qui consiste à effacer non seulement l’identité palestinienne, mais sa présence physique. Face à cette machine de destruction fondée sur un mythe national, l’institution principale, conçue spécifiquement pour prévenir les crimes contre l’humanité et garantir la paix et la sécurité internationales, l’ONU, s’est révélée non pas comme un contrepoids, mais comme une farce structurelle.

Il est crucial de comprendre que son incapacité chronique n’est pas un dysfonctionnement ; elle est le fonctionnement même du système. L’architecture de pouvoir de l’ONU, conçue à l’aube de la Guerre froide, consacre un déséquilibre des pouvoirs qu’Israël et ses alliés ont magistralement exploité.

Le mécanisme le plus évident de cette farce est le veto du Conseil de sécurité, privilège anachronique et antidémocratique des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. Les États-Unis ont systématiquement et implacablement utilisé ce pouvoir pour protéger Israël de toute conséquence réelle. Chaque résolution de condamnation qui meurt au Conseil de sécurité envoie un message clair et dévastateur aux Israéliens comme aux Palestiniens, à savoir que: Israël opère dans une impunité totale, au-dessus du droit international qui régit tous les autres États.

Enfin, ces reconnaissances servent d’alibi fragile face à la Cour internationale de Justice (CIJ), qui a ordonné en 2024 le retrait israélien des territoires occupés – un ordre bafoué. Contrairement aux États-Unis, ces pays sont soumis à la CPI et à la Convention sur le génocide ; en ‘reconnaissant’ un État sans territoire viable, ils feignent le respect du droit tout en perpétuant les ventes d’armes et l’occupation, évitant ainsi des poursuites pour complicité. Ce veto n’est pas un acte neutre ; c’est un acte de complicité active qui fournit la couverture diplomatique nécessaire à la poursuite de l’occupation et de l’annexion.

Mais la complicité de l’ONU est plus profonde et plus sinistre qu’un simple veto. Son rôle s’est progressivement réduit à la gestion humanitaire d’une catastrophe qu’elle est impuissante à arrêter. Des agences comme l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) accomplissent un travail héroïque et essentiel, distribuant nourriture, éducation et soins médicaux à une population assiégée et traumatisée.

Cependant, dans un contexte plus large, ce rôle humanitaire a transformé l’ONU en « gardien du génocide ». Elle se limite à nettoyer partiellement les vestiges du massacre et à atténuer les symptômes les plus immédiats de l’horreur, mais elle manque de pouvoir, et plus grave encore, de la volonté politique collective, pour arrêter l’oppresseur.

Si les Nations Unies incarnent l’architecture de l’impuissance, les États-Unis se présentent comme l’architecte actif et le principal soutien de l’oppression. La relation entre Washington et Tel-Aviv dépasse largement une simple alliance stratégique entre deux États ; il s’agit d’une symbiose profondément ancrée dans l’idéologie, les questions militaires et les enjeux intérieurs.

Cette symbiose s’est manifestée dès les années 1990, lorsque les accords d’Oslo, soutenus par l’Occident, ont été détournés par Israël. Cette hypocrisie n’est pas nouvelle car dès les accords d’Oslo en 1993, soutenus par l’Occident, Israël – sous Rabin puis Netanyahu – a imposé une vision d’une ‘entité inférieure à un État’, sabotant toute retraite réelle des territoires occupés.

Les initiatives américaines subséquentes, les accords de Camp David (2000) à la ‘Feuille de route’ de Bush (2003), en passant par les échecs d’Obama et le plan Trump (2020) déguisant l’annexion en ‘accord du siècle’, n’ont fait qu’accélérer les expansions coloniales, transformant la paix en un mirage bureaucratique. Cette manipulation systématique, orchestrée sous l’égide du lobby sioniste, notamment l’AIPAC, a verrouillé la politique étrangère américaine dans une logique de complicité active.

Comme l’a judicieusement souligné une analyse jacobine intitulée « L’autodétermination de l’État de Palestine », la reconnaissance internationale est un geste creux si elle ne s’accompagne pas de la capacité matérielle d’exercer la souveraineté.

L’aide militaire américaine, constante et généreuse, alimente la machine de guerre israélienne. Ces transferts d’armes, qui s’élèvent à des milliards de dollars par an et s’effectuent par des mécanismes échappant à tout contrôle public, fournissent à Israël l’outil indispensable pour mener sa campagne d’extermination et de contrôle territorial.

Cette complicité matérielle se poursuit sans relâche, année après année, administration après administration, malgré les preuves accablantes de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité documentées par les organisations israéliennes, palestiniennes et internationales de défense des droits humains.

Au-delà de l’impuissance onusienne, ces reconnaissances fonctionnent comme un exercice de blanchiment d’autant plus qu’elles distraient les citoyens occidentaux en suggérant que ‘quelque chose est fait’, alors que ces mêmes pays continuent d’armer Israël, d’accueillir ses dirigeants (comme Herzog, justifiant le génocide) et de fermer les yeux sur les destructions.

C’est une tape symbolique sur les doigts d’Israël, gratuite car les territoires palestiniens sont déjà en phase d’éradication. Comment cette contradiction est-elle maintenue politiquement ?
La réponse réside dans la profonde influence du lobby sioniste, mené par le puissant AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), sur le Congrès américain. Le pouvoir de l’AIPAC et des groupes qui lui sont liés n’est pas un mythe du complot ; c’est une réalité tangible du système politique américain.

Comme l’a noté l’économiste Jeffrey Sachs, cette influence est si profonde qu’il semble souvent que le Mossad, le service de renseignement israélien, détermine les paramètres de la politique étrangère américaine dans la région.

Alors que la Palestine se vide de son sang, le silence assourdissant, ou la collaboration ouverte, des États arabes voisins constitue l’un des facteurs les plus démoralisants et révélateurs de cette tragédie. Leurs déclarations rituelles de condamnation au sein de la Ligue arabe sont du pur théâtre, dénuées de toute conséquence tangible ou action concrète. La question qui se pose inévitablement est de savoir quels puissants intérêts réduisent au silence les pétromonarchies du Golfe et les régimes arabes autoritaires ?

La réponse est multiforme, mais se résume à une équation complexe entre intérêts économiques et géopolitiques. D’un côté se trouve la menace commune perçue : la République islamique d’Iran et le soi-disant « axe de résistance » chiite.

Pour l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Bahreïn, l’essor régional de l’Iran représente un défi existentiel à leur hégémonie sunnite. Dans cette logique géopolitique de la realpolitik , Israël s’est habilement repositionné comme le « gendarme » non déclaré, mais extrêmement efficace, pour contenir et affaiblir l’influence perse.

D’un autre côté, la logique simple du capital opère. Les élites dirigeantes de ces États sont profondément intégrées aux circuits de l’économie capitaliste mondiale. Leurs fonds souverains détiennent d’importantes participations dans des entreprises occidentales, leurs princes et cheikhs possèdent de somptueuses propriétés à Londres, Paris et New York, et leur survie dépend du maintien des prix du pétrole et de relations stables avec les centres du pouvoir financier mondial.

Une confrontation ouverte avec Israël, et par extension avec son garant, les États-Unis, mettrait immédiatement en péril cette richesse et la stabilité de leurs régimes.

Au terme de ce sombre voyage, le réseau de complicité est mis à nu. Le récit inventé du sionisme, la farce institutionnalisée de l’ONU, la collaboration des États-Unis et la trahison vénale des États arabes ont réussi à créer une réalité dystopique quasi parfaite; celui d’un peuple emprisonné dans des cantons isolés, périodiquement bombardé, déplacé de force et soumis à un régime d’apartheid, dont la reconnaissance comme État par 156 pays n’est rien d’autre qu’une coquille vide, un acte d’hypocrisie monumentale.

Le temps des résolutions creuses et des déclarations grandiloquentes est révolu. Les reconnaissances en cascade de cette année 2025 par la Grande-Bretagne, la France, l’Australie et le Canada illustrent parfaitement cette arnaque. Keir Starmer, par exemple, conditionne cet État à l’exclusion du Hamas (gouvernement élu de Gaza) et à l’absence d’une armée défensive, réitérant la vision rabinesque d’une entité dépendante et inoffensive.

Ce n’est pas une souveraineté offerte, mais un piège qui légitime l’occupation en feignant la générosité. Si aucune action décisive n’est prise, le vote de l’ONU de septembre 2025 restera dans les mémoires comme le moment où le monde a donné une dernière tape dans le dos à un homme mourant.

Seule une pression organisée, matérialisée par le boycott économique, universitaire et culturel international, et la demande inlassable de poursuites pénales individuelles devant la Cour pénale internationale, peuvent briser le mur de la complicité. L’alternative est de permettre que la reconnaissance de l’État de Palestine devienne, non pas son acte de naissance, mais son adieu final.

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